Poutine a été gâté cette année. Pour son anniversaire, des étudiantes de la faculté de journalisme de l’université d’Etat de Moscou lui ont offert le plus cadeau qui puisse être : leurs corps. Vêtues de dessous aguicheurs, elles ont posé pour un calendrier qu’elles ont ensuite offert à leur cher Président.
Intitulé «Vladimir Vladimirovitch, nous vous aimons. Joyeux anniversaire M. Poutine», les photos sont accompagnés de slogans coquins.
Ainsi, Mademoiselle Mars, souhaite un joyeux anniversaire au chef du gouvernement en proclamant : «Vous avez maîtrisé les feux de forêt, mais moi je brûle encore».
Ce geste n’est pas au goût de tous, notamment de la porte-parole de la faculté qui déclare «c'est une œuvre érotique de mauvais goût».
D’après l’initiateur du projet, un jeune producteur travaillant pour une chaîne patriotique en ligne Russia.ru, « l'idée n'était pas de montrer des mannequins prêtes à poser pour 100 dollars, mais des filles qui ont une opinion sur la politique». C’est ce qu’on appelle en effet s’engager corps et âme en politique !
Miss décembre : "Je veux vous féliciter personnellement, appelez-moi au 89251591728"
Pour Miss Avril, Poutine est tout simplement "le meilleur".
Miss Juillet lui demande : "vous prenez un co-pilote?"
Miss février s'interroge : "que pensez d'une 3ème fois?", en jouant sur l'ambiguïté...
Faisant preuve d’un tout autre engagement, d’autres élèves ont réalisé un calendrier nettement moins consensuel. Intitulé «Vladimir Vladimirovitch, nous avons quelques questions...», ce dernier représente des jeunes filles bâillonnées qui n’hésitent pas à poser des questions qui dérangent.
« A quand le prochain attentat ? », «Qui a tué Anna Politkovkaïa?», «Quand libère-t-on Khodorkovski?».
Une chose est sûre, ces étudiantes ont déjà compris comment s'assurer une bonne couverture médiatique!
J’ai récemment fait la connaissance d’Andreï Biljo. Vous ne voyez pas qui c’est ? Et bien moi non plus avant de me rendre à son vernissage. Psychiatre et dessinateur de caricatures, Andreï Biljo est aussi connu pour sa participation à une émission satirique sur la TV russe en tant que "cervologue". Ses bilans ironiques des actualités de la semaine sont devenus cultes !
Il est le créateur du personnage de Petrovitch, ce petit bonhomme toujours perplexe, inspiré de l'homme soviétique ordinaire. Il a d’ailleurs ouvert un club/resto du même nom. C'est un des rares clubs de Moscou à avoir utilisé une recette imparable : tourner la nostalgie de l’ère soviétique en dérision. "Le dessin est mon véritable métier. Tout le reste de ma vie est lié à cette passion. J'ai inventé Petrovitch qui est devenu célèbre, puis ce club. J'aime inventer sans cesse de nouvelles choses. "
Et voici quelques-uns de ses dessins :
Il prend un malin plaisir à revisiter de célèbres toiles de maîtres russes comme, ci-dessus, "Ivan le Terrible tuant son fils" d'Ilya Repine.
Ou encore, ci-dessous, un dessin inspiré de "Pierre Ier interroge le tsarévitch Alexis Petrovitch à Petrehof" de Nikolaï Gué.
Les "Bogatyrs" selon Biljo...
d'après Victor Vasnetsov :
Et comme il s'agit de gagner sa vie, il décline ses dessins sur des draps, des assiettes, des tasses...
Ah oui, et il y a la version sur soutien-gorge aussi. Au choix, à arborer fièrement sur chacun de ses seins : Lenine et Staline;
Grande nouvelle pour la scène artistique moscovite : la Maison de la Photographie de Moscou se convertit en MAMM (Multimedia Art Museum Moscow).
Qu’est-ce que cela change ? Et bien pas grand-chose à première vue, si ce n’est que l’espace s’ouvre à tous les supports multimedia (installations, vidéos).
En tout cas c’est bien des photos que j’ai pu admirer au dernier vernissage auquel je suis allée. Et pas n’importe quelles photos ! Une salle entière était dédiée aux œuvres du célèbre Alexandre Rodchenko, ce photographe (mais aussi peintre et sculpteur) soviétique, fondateur du constructivisme russe.
Témoin privilégié d’une époque et d’une société russe en complète reconstruction après la révolution d’octobre 1917, il fut récupéré comme nombre d’artistes par le régime pour servir de levier de propagande et sublimer ‘l’homo sovieticus’. Il s’agissait de faire vivre d’espoir en un avenir meilleur un peuple qui n’avait alors que des idéaux pour seul nourriture.
Il réalise sur commande de nombreuses affiches politiques, affiches de films, affiches et objets publicitaires d’inspiration constructiviste. Pour lui, il y a une « absolue nécessité à lier toute création à la production et à l'organisation même de la vie ».
Lengiz Books On Every Subject, A. Rodchenko 1925
En quête d'une recherche graphique dans ses images, Rodchenko recadre, recoupe, colle. L'intérêt d'une photographie réside plus dans sa forme que dans le sujet représenté.
Sructure architecturale, A. Rodchenko
Cruche, A. Rodchenko, 1928
Fille au leica, A. Rodchenko, 1934
Alexandre Chevtchenko, A.Rodchenko, 1924
The couple, A. Rodchenko, 1932
Vladimir Maiakovski, A. Rodchenko, 1924
Mother, A. Rodchenko
L’espace étant grand, il y a la place d’y exposer de nombreux artistes, sans forcément grande cohérence d’ailleurs. Pour la première fois en Russie est consacrée une exposition à Fluxus. Intitulée « Fluxus : Time Will Tell », elle retrace les temps forts de ce mouvement d’avant-gardistes de l’art conceptuel.
Né dans les années 1960, ce mouvement a été initié par de jeunes artistes, qui,influencés par Dada, par l'enseignement de John Cage et par la philosophie Zen, décidèrent de renverser les pratiques artistiques, lesinstitutions etla notion d'œuvre d'art afin de construire un vrai lien entre l’art et la vie. Pour ceux qui se souviennent de leurs cours de latin (comme moi, oui, oui !) le mot « fluxus » signifie « flux, courant ».
Mercredi dernier j'ai été au vernissage de l’exposition « Polnopolunie » du photographe russe Vladimir Mishoukov. Vous ne le connaissez peut-être pas… et bien il mérite de l’être, connu.
Tout d’abord par ce qu’il a collaboré aux deux films les plus populaires du réalisateur russe Andrey Zvyagintsev, Le Retour (Vozvraschenie, 2003 - Lion d'or et Lion du meilleur premier film à la Mostra de Venise, Aigle d'or à Moscou) et Le Bannissement (Izgnaniye, 2007). Ensuite par ce qu’avec Le Culte de la famille, il célèbre la famille tout en dressant un portrait social de la Russie postsoviétique. Surtout par ce qu’il a su photographier le grand clown russe Slava Plolounine. Aussi par ce qu’il est l’un des rares photographes russes contemporains qui s’est fait remarquer sur la scène russe mais aussi internationale au début des années 2000. Enfin, par ce qu'il est fort sympathique et qu'il a plutôt une bonne tête!
Le Culte de la famille
Vous avez un petit côté voyeur et vous laissez volontiers glisser votre regard vers les fenêtres éclairées de l’autre côté de la rue… Et bien avec Le Culte de la famille, c'est comme si vous étiez transportés en beau milieu du salon de parfaits inconnus. Pour réaliser cette série Vladimir Mishoukov est rentré dans l’intimité de soixante-huit familles moscovites. En reprenant l’ancienne tradition de la photographie familiale, il a photographié ses familles dans leur propre mise en scène. La prise de vue est frontale, l’environnement quotidien, la technique et le regard contemporains.
A travers ces familles se dessine un tableau saisissant de la société moscovite moderne. On y décèle les contradictions et les difficultés d’une société postsoviétique affectée par tant de changements culturels, sociaux, politiques et économiques.
Vladimir Mishoukov a également sublimé Slava, ce grand clown russe contemporain, qui emprunte sa gestuelle à Marceau et à Chaplin, et a fondé en 1968, avec d’autres amis clowns, le Théâtre Licedei. Baignés de mélodies occidentales, leurs sketches, qui n'étaient pas du goût des autorités soviétiques, ont toutefois réussi à traverser les frontières, ce qui leur a valu l’adulation du public. Peu avant la chute du mur de Berlin en 1989, le Licedei est l’instigateur de la fameuse Mir Caravan (Caravane de la Paix), qui répand encore aujourd’hui au fil de ses voyages larmes de joie.
Après la chute de l’URSS, le groupe se disloque. Certains d’entre eux créent une école de clown au sein de l'Académie théâtrale de la Faculté de Saint-Pétersbourg et insufflent une nouvelle vitalité au Licedei. Pas de nez rouge, ni de masques mais de l'inventivité à revendre. Leur derniers spectacle, Pokatukha et Semianyki, propose une visite « non-touristique » de la Russie, un plongeon dans le quotidien des russes, fait de difficultés mais aussi de fêtes folles.
Slava, lui, a continué sa carrière solo avec son fameux « Snowshow ». Ce spectacle visuel et musical, épopée dans l’univers fantasque d'un clown inadapté, à fait pleurer de bonheur les spectateurs du monde entier. Je n’ai pas encore eu la chance de le voir (ou plutôt j’ai raté les représentations qui ont eu lieu en juin au théâtre Silvia Monfort), mais les descriptions de son univers poétique me font rêver : bulles de savon, gigantesques toiles d’araignée, tempête de neige, créatures vertes fantasmagoriques aux longs chapeaux-oreilles… En attendant les photos de Vladimir Mishoukov nous entrouvrent les portes de son univers magique et mélancolique (malheureusement les plus belles sont encore introuvables).
« Mes spectacles ont du succès parce que je ne les joue pas, je les vis », Slava Polunine.
Et mes quelques photos du vernissage (désolé pour la qualité des photos -pas terrible) :
Un clown triste
Vladimir Mishoukov recouvert de bisous de clowns
Pour les curieux, quelques photos de Vladimir Mishoukov seront exposées à la Cité Internationale des Arts jusqu’au 24 octobre.
Et pour ceux qui parlent russe :
Почти без слов. Взглядом. Жестом. Паузой. Шепотом. Криком.
Всегда в точку. В самое сердце.
Чувствуешь себя дураком. Растерянным, счастливым. Пораженным.
Со зрителями в зале. Без зрителей - дома. Возле реки. В саду.
Радость он делит на всех. Печаль - оставляет себе. Как порядочный
клоун. В самом сердце.
Faire découvrir aux français la Russie, les russes et plus particulièrement Moscou et les moscovites et faire découvrir aux russes un peu de cette France qui vit chez eux: voici les missions de mon blog.